EDITO

 

Difficile quand on a connu quelqu’un de ne pas faire remonter à la surface tous les détails de cette amitié et de n’en garder qu’un aspect. C’est pourtant ce que je vais faire aujourd’hui pour ne parler que de Ivan Wyschnegradsky et du pianiste Matthieu Acar. Ce dernier nous a quittés à l’âge de 34 ans le 29 décembre dernier.

 

Je l’ai connu lors de son passage dans ma classe de déchiffrage au Conservatoire à Rayonnement Régional de St-Maur-des-Fossés. J’ai gardé le souvenir d’un élève brillant et chaleureux. Son oreille curieuse de tout ne demandait qu’à être nourrie, nous partagions un même amour des fractions, des rythmes irrationnels, de la musique d’aujourd’hui. Il attrapait au vol toutes les balles qu’on lui envoyait, on pouvait tout lui apporter à lire, tout l’intéressait. Il n’est donc pas étonnant qu’il soit rentré au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris. Pour autant le lien créé ne s’est jamais rompu…

 

Quelques années plus tard, engagés dans un même projet – la création en concert et l’enregistrement de Racines de Alain Bancquart pour 4 pianos en quart de tons (*), j’ai été très heureux de retrouver « intact » le Matthieu que j’avais connu : enthousiaste, délicat, profond, pétillant.

 

Encore à la suite de ce projet, Martine Joste nous a fait confiance en nous proposant de jouer en concert de Wyschnegradsky les deux Intégrations opus 49 pour deux pianos en quart de ton et le Chant nocturne opus 11 avec Léo Marillier au violon. Notre travail en musique de chambre, les repas partagés, m’ont permis de mieux connaître Matthieu. Le plaisir que nous prenions à détailler chaque rythme, chaque harmonie, chaque phrasé mélodique, le souci commun de tout regarder sans perdre de vue la forme générale, son oreille exigeante et compétente, sans oublier le cœur qu’il avait vibrant d’émotions, ont fait de cette période un moment d’accomplissement artistique que je n’oublierai pas.

 

Nous avions la ferme intention de poursuivre ce travail en duo en plongeant dans les Deux Études sur les densités et les volumes mais je l’avais trouvé ces dernières années très occupé, toujours courant, jamais libre, bien que toujours aussi dévoué à ses élèves, à sa douce et tendre, à sa famille…

 

Ce dernier projet restera inabouti, la vie/la mort en ayant décidé autrement. Je ne suis pas « croyant » mais j’espère qu’il existe un quelque part où tous ceux qui aiment la musique pourront se retrouver et continuer à la partager.

 

Matthieu, tu fus un digne serviteur de cet art. Matthieu tu as, hélas – avant lui, il y a eu Cécile, William, Lisandru et d’autres encore – rejoint la cohorte des anges.
Mais Wyschnegradsky croyait-il aux anges ?

 

Jean-François Ballèvre
Février 2023

 

(*) Ce concert a été publié par le label Shiiin en 2017

 

Répétition du concert du 13 mars 2018 à La Marbrerie à Montreuil-sous-Bois près de Paris. De gauche à droite : Matthieu Acar, Léo Marillier et Jean-François Ballèvre

Répétition du concert du 13 mars 2018 à La Marbrerie à Montreuil-sous-Bois près de Paris. De gauche à droite : Matthieu Acar, Léo Marillier et Jean-François Ballèvre




PROCHAINS CONCERTS


17/02/2023 - Moscou (Russie) : La Journée de l’Existence par l’Ensemble Persimfans - En savoir plus

20/04/2023 - Bâle (Suisse) : 24 Préludes op. 22, Transparences I et II - En savoir plus

19/11/2023 - Aalborg (Danemark) : Préludes op. 22, Etude sur le Carré magique sonore op. 40, autres - En savoir plus

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IVAN WYSCHNEGRADSKY


"J’aurais pu être poète, philosophe ou musicien. J’ai choisi la musique : je suis donc compositeur."

Ivan Wyschnegradsky, né à Saint-Pétersbourg en 1893, a vécu à Paris de 1920 jusqu’à sa mort en 1979. Admiré par de nombreux compositeurs, parmi lesquels on peut citer Olivier Messiaen, Henri Dutilleux, Bruce Mather, Alain Bancquart et Claude Ballif, Ivan Wyschnegradsky est reconnu par le monde musical comme un des pionniers de la musique du XXème siècle.

Ivan Wyschnegradsky, 1979 - Photo René BlockPhoto René Block (1979)

Le piano en 1/4 de ton de Ivan Wyschnegradsky, qu'il avait commandé en 1927 à la manufacture August Förster, après avoir été chez Claude Ballif à qui Ivan Wyschnegradsky l'avait légué, est, depuis 2009, la propriété de la Fondation Paul-Sacher à Bâle. Le piano a été entièrement restauré en 2018 par Pierre Malbos à l'initiative de Dagobert Koitka. Il a été présenté et entendu pour la première fois en public dans la Galerie Haus zur Zwischen Zeit au cours de nombreux concerts à Bâle de janvier 2018 à septembre 2019 dans le cadre du Festival L'Esprit de l'Utopie. Pour le voir, s'adresser à Simon Obert à la Fondation Paul-Sacher à Bâle : simon.obert@unibas.ch.


La journée de l'Existence

Ainsi parlait Zarathoustra op. 17 Sarah Gibson, Thomas Kotcheff, Vicki Ray, Steven Vanhauwaert, direction Donald Crockett Concert du 16 juin 2019, San Francisco, Other Minds Festival 24.