Actu
 
NOUVEAU : Publication par le label Shiiin d’un CD comprenant l’intégrale des œuvres pour piano solo en 1/2 ton de Ivan Wyschnegradsky interprétées par Martine Joste.
 

 
Pour le commander, s’adresser au label Shiiin : www.shiiin.com.
 
En-tête de la page bibliographie du site figure à présent un texte très touchant de souvenirs que la danseuse et chorégraphe américaine Margaret Fisher vient d’écrire à notre demande à propos de sa rencontre avec Ivan Wyschnegradsky à Paris en 1977.
 
Nouvelle publication à voir sur la page videos du site : la Méditation sur deux thèmes de La Journée de l’Existence op. 7, avec Katharina Gohl Moser, violoncelle et Anton Kernjak, piano, réalisée par La Pataconera en février 2024 à Bâle.
 
Si vous êtes en mesure de nous communiquer le détail d’un concert, de recherches ou d’une manifestation autour d’Ivan Wyschnegradsky, merci de bien vouloir nous en informer.
 
 

EDITO

 
NB Les précédents éditos sont consultables en cliquant ici.
 
 

Ivan Wyschnegradsky, 1976 - Photo Charles Amirkhanian

Ivan Wyschnegradsky, 1976 – Photo Charles Amirkhanian


Avril 2026 – A l’issue de la publication du CD « L’intégrale du piano en demi-tons d’Ivan Wyschnegradsky par Martine Joste », des critiques ont paru dans les revues en ligne Musikzen et Resmusica, sous les signatures respectives de Franck Mallet et de Michèle Tosi. A ces œuvres pour la grande majorité inédites d’Ivan Wyschnegradsky, sont jointes deux courtes interviews du compositeur ainsi qu’un livret richement documenté et illustré. Pour se procurer ce CD, s’adresser au label Shiiin – 56 rue des Petites écuries – 75010 Paris – Tel : 01 53 34 13 15. E-mail : info@shiiin.com
 
> Paru dans Musikzen le 01/02/2026 sous la signature de Franck Mallet :
 
Wyschnegradsky, Martine Joste, piano solo
Il voyage en solitaire
Entre continuum et magie noire, l’incandescent piano de Wyschnegradsky

 
Quittant la Russie dans les années 1920 afin de trouver en Europe un facteur de piano capable de réaliser l’instrument en quarts de tons dont il avait conçu les plans, Ivan Wyschnegradsky (1893-1979) s’établit en France, non loin de Paris, pour concevoir une œuvre unique destinée à l’orchestre, à la musique de chambre et au piano, tournée vers une extension de l’espace acoustique : un continuum sans le moindre recours à une manipulation électrique. La pianiste Martine Joste a eu à cœur de monter plusieurs concerts en sa présence à la Maison de la Radio tout en co-fondant avec le compositeur Claude Ballif l’Association I. Wyschnegradsky. Si elle avait déjà participé à des enregistrements de pièces destinées à 2 ou 4 claviers (Éditions R. Block, 2e2m, Col Legno, Shiiin), son nouvel album ne comporte que des œuvres pour piano seul (conservées à la Fondation Paul Sacher), en particulier une fameuse Étude sur le Carré Magique Sonore (1957) – « une idée extraordinaire » pour Messiaen – qui reprend en musique le procédé découvert dans des catacombes romaines d’une inscription constituée de 5 mots de 5 lettres disposés en forme de carré pour une lecture identique des mêmes 5 mots de gauche à droite comme de haut en bas. Ailleurs, le compositeur joue du chromatisme dans DI-RA-TE-LO-TU (1918), cultive un statisme post-scriabinien – Trois Pièces, Quatre Fragments – ou recherche la transcendance à travers un piano incantatoire – Ombres ! – prélude à la magie noire de son chef-d’œuvre, La Journée de l’Existence, pour récitant, chœur et orchestre, créé en 1978 (CD Shiiin 4, 2009). Un voyage fascinant qui se clôt aux frontières de Chopin, Liszt et Scriabine avec un recueil d’élégants Préludes de Jeunesse datant de 1916 et reconstitués « de mémoire » par le compositeur quelque trente ans plus tard — que Martine Joste redécouvre avec profit et illumine de son talent.
 
Franck Mallet
 
Ivan Wyschnegradsky : Étude sur le Carré Magique Sonore, op. 40 ; DI-RA-TE-LO-TU ; Trois Pièces, op. 38 ; Quatre Fragments, op. 5 ; Ombres ; Deux Préludes, op. 2 ; 18 Préludes de Jeunesse (+ 2 entretiens avec Ivan Wyschnegradsky)
Martine Joste (piano)
 
Martine Joste – Photo S. Koitka

Martine Joste – Photo S. Koitka


> Paru dans Resmusica le 18/03/2026 sous la signature de Michèle Tosi :
 
L’intégrale du piano en demi-tons d’Ivan Wyschnegradsky par Martine Joste
 
Interprète recherchée et grande spécialiste de la musique « ultrachromatique » d’Ivan Wyschnegradsky (1883-1979), la pianiste Martine Joste se penche, dans ce nouveau CD, sur l’œuvre pour piano solo dit « normal » (sans division microtonale) du compositeur Russe.
 
Pour la plupart inédites, les pièces de ce CD ont été retrouvées dans les archives du compositeur à la Fondation Paul-Sacher de Bâle. Elles se succèdent dans l’enregistrement selon une chronologie prise à rebours, des pièces de la maturité, composées en France où Wyschnegradsky résidait depuis 1920, aux Préludes de Jeunesse écrits en Russie en 1916.
 
Les deux dernières plages du disque font entendre la voix du compositeur enregistrée lors d’un entretien. Il présente l’Étude sur le Carré Magique Sonore op.40 (1957), une pièce choisie par Messiaen comme œuvre imposée au Concours international de piano à Royan en 1971. Une même phrase musicale de six mesures y est entendue six fois selon un processus canonique formant au final un carré magique sonore où la même « formule » se lit horizontalement et verticalement : une combinatoire qui déploie la musique sur tout l’espace du clavier et n’est pas sans évoquer les échelles-harmonie d’un Scriabine, « le génial prophète du Surart », comme le surnommait Wyschnegradsky.
 
Moins célèbre et donnée en première discographique, DI-RA-TE-LO-TU fait référence à la notation « simplifiée » des touches noires du piano par Nicolas Obouhow – autre pionnier des divisions microtonales. Wychnegradsky les fait sonner dans une courte pièce pentatonique qui balaie l’espace du clavier, distribuant les figures de part et d’autre d’un axe médian. Dans les Trois pièces op.38 (1957), Prélude, Élévation et Solitude, les lignes s’élaborent et l’espace se construit selon une conscience harmonique clairement ressentie au sein d’une musique qui balance entre figures abstraites et élans expressifs. Ce que vient corroborer le titre, Sauvage, quadrangulaire, du premier des Quatre Fragments op.5 (1918) dont il existe également une version microtonale pour deux pianos complémentaires. Les pièces très courtes, aux titres expressifs (« Avec une nécessité de fer ») jouent sur les variations de trajectoire et d’amplitude sonore. Ombres (1916) est à l’origine le titre d’un tableau (perdu) du compositeur. La partition réunit trois pièces brèves écrites par Wyschnegradsky au sortir d’une longue dépression : « Ombres d’antan, voilà comment il faut intituler toutes mes tentatives de m’épancher, de me donner au monde », écrit-il dans son Journal de 1916 cité dans le livret du CD. Si une force intérieure semble propulser la musique vers la lumière dans Ombres I, Ombre III, Lento, Lugubre (vision du néant) fait tourner dans le grave un motif obstiné comme celui de La lugubre gondole du dernier Liszt. C’est un élan scriabinien qui porte les Deux Préludes op.2 de la même année (Grandioso et Allegro irato), gorgés d’énergie sous le jeu vigoureux de la pianiste.
 
Martine Joste a retenu 18 Préludes de Jeunesse parmi les 24 écrits par le compositeur (12 dans les tons majeurs et 12 dans les tons mineurs), un corpus fourmillant de belles surprises que des raisons de timing, sans doute, nous empêchent de découvrir dans son intégralité. Les pièces sont inédites et sans opus ; « certains furent reconstitués de mémoire en 1949 au Sanatorium de Saint-Martin du tertre », écrit Wyschnegradsky (extrait de son Journal). Le langage y est tonal, usant des dissonances et frictions des lignes de la polyphonie (1, 7, 10). Libres de ton et de facture, les Préludes 12, 13, 16 et 21 regardent vers l’étude technique, d’autres attestent une recherche d’expressivité, exaltée (4, 8) ou plus contenue (2, 5), toujours émaillée de chromatisme. On note également une prédilection pour les motifs obstinés (9 et 11) qui ancrent l’écriture dans le grave du clavier et structurent l’avancée du discours. Si les Préludes 15 et 22 sont un hommage appuyé à Chopin, le n°20, avec sa pédale mobile à la basse, évoque le Bydlo des Tableaux d’une Exposition : autant de musiques encore sous influence et d’approches différentes du clavier assumées avec une clarté dans la polyphonie, une tonicité digitale et un engagement de tous les instants par Martine Joste, wyschnegradskienne dans l’âme, qui révèle à travers ce recueil inédit une nouvelle facette de cette personnalité aussi riche que visionnaire.
 
Michèle Tosi
 
 

IVAN WYSCHNEGRADSKY

 
« J’aurais pu être poète, philosophe ou musicien. J’ai choisi la musique : je suis donc compositeur. »
 
Ivan Wyschnegradsky, né à Saint-Pétersbourg en 1893, a vécu à Paris de 1920 jusqu’à sa mort en 1979. Admiré par de nombreux compositeurs, parmi lesquels on peut citer Olivier Messiaen, Henri Dutilleux, Bruce Mather, Alain Bancquart et Claude Ballif, Ivan Wyschnegradsky est reconnu par le monde musical comme un des pionniers de la musique du XXème siècle.
 
 
Ivan Wyschnegradsky, 1979 - Photo René Block
 
Le piano en 1/4 de ton de Ivan Wyschnegradsky, qu’il avait commandé en 1927 à la manufacture August Förster, après avoir été chez Claude Ballif à qui Ivan Wyschnegradsky l’avait légué, est, depuis 2009, la propriété de la Fondation Paul-Sacher à Bâle. Photo René Block (1979).



 

Association Ivan Wyschnegradsky - dernière mise à jour 26 juin 2026